Résistance sociale

L’appropriation privée de la richesse est illégitime et l’acquisition des biens provient généralement de la violence :

« En quelle qualité, dis-moi, ces biens sont-ils à toi ? D’où les as-tu tirés pour les faire servir à la ta vie ? Tu décrètes que toi seul as droit à ce qui a été préparé pour l’usage de tous. Tels sont les riches : les biens communs sur lesquels ils ont mis la main les premiers, ils considèrent qu’ils y ont droit personnellement, parce qu’ils sont les premiers occupants. Si chacun ne se réservait que ce qui satisfait ses nécessités, et laissait le surplus aux indigents, personne ne serait miséreux (…) Qu’est-ce que l’avare ? Celui qui ne se content pas de ce qui suffit pour vivre. Qu’est-ce que le voleur ? Celui qui enlève ce qui appartient à chacun. Et tu n’es pas avare, toi ? Tu n’es pas un voleur ? À l’affamé appartient le pain que tu gardes ; à l’homme nu, le manteau que tu conserves dans tes coffres. »

 Basile de Césarée (329-379). Il est considéré comme la figure majeure des Pères dits cappadociens, en référence à cette région de l’actuelle Turquie, la Cappadoce. Il accède à l’épiscopat (au titre d’évêque) en 370. Le texte est tiré de ses homélies 2, 6 et 7.

Bien commun et politique ou redonner du sens à l’engagement

Les récents développements de la vie politique en France nous amène à nous interroger sur ce que veulent dire les termes de « politique », « ministre » et de « bien commun » mais également à questionner nos responsabilités individuelles et collectives comme citoyens vis-à-vis de l’avenir de notre humanité.

Avant d’aller plus loin, s’impose la nécessité de définir quelques concepts :

Politique : Le mot avec une majuscule renvoie à « polis », la cité. Autrement dit, cela concerne la gestion de la cité au point de vue financier, démocratique, social, etc. En démocratie et en république la politique reste l’affaire d’abord des citoyens. En France la souveraineté appartient au peuple.  La politique se veut un outil, une démarche noble à ne pas confondre avec les démarches politiciennes parfois nécessaires mais trop souvent nauséabondes. La politique et la démocratie se nourrissent mutuellement. La crise ou la défiance politique survient lorsqu’une dissonance cognitive et sociale s’installe lorsque l’aspiration – voire le vote- majoritaire arrêtée par les électeurs/ électrices et une pratique gouvernementale, présidentielle, locales ne se trouvent plus en symbiose.

L’engagement en politique demande beaucoup d’humilité, d’écoute, de conviction et surtout d’exemplarité. En 2016, la Conférence des Évêques de France dans une ouvrage intitulé : « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique ». Ainsi, dans un contexte alors empreint de « tristesse », « d’insécurité sociétale », d’un « rejet désabusé du politique » et « d’enfermements identitaires », les évêques en appelaient à refonder un nouveau contrat social. Ils pointaient l’urgence impérieuse de mobiliser et d’impliquer plus largement alors qu’ils déploraient que « les valeurs républicaines, souvent brandies de manière incantatoire, semblent sonner creux pour beaucoup ». Bien plus que de dessiner un positionnement politique, ils ouvraient une réflexion sur le politique en lui-même et son indispensable quête de sens.  2016 /2025 une même configuration ?

Dans le Littré, pour le mot « ministre » nous trouvons cette définition : celui qui est chargé d’une fonction, d’un office ; celui dont on se sert pour l’exécution de quelque chose. Au sens étymologique « ministre » renvoie au concept de serviteur. Ainsi pour une personne membre d’un gouvernement d’un pays, elle est le serviteur chargé de faire en sorte que le « bien commun » soit respecté et de faire en sorte qu’un avenir soit possible pour tous les habitants du pays.

Que dit la Doctrine Sociale ?

Dans le compendium* de la doctrine sociale de l’Eglise (édité par le conseil pontifical Justice et Paix en 2008 aux éditions du Cerf), nous trouvons : La communauté politique est constituée pour être au service de la société civile dont elle découle… La société civile est un ensemble de relations de de ressources, culturelles et associatives, relativement autonomes par rapport au milieu politique et au milieu économique : « La fin de la société civile embrasse universellement tous les citoyens. Elle réside dans le bien commun, c’est à dire dans un bien auquel tous et chacun ont le droit de participer dans une mesure proportionnelle ». (417 et Rerum Novarum 1892 Léon XII).

La doctrine sociale de l’Eglise se développe autour de grands principes qui sont indivisibles et qui doivent être vécus ensemble : le bien commun, la destination universelle des biens, le principe de subsidiarité et le principe de solidarité. Les différentes positions des partis politiques doivent être au service du principe du bien commun.

Le Compendium de la doctrine sociale le défini ainsi : Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme de biens particuliers de chaque sujet du corps sociale. Etant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu’il n’est possible qu’ensemble de l’atteindre, de l’accroître et de le conserver, notamment en vue de l’avenir. (164)

Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement demeurer au service de l’être humain, est celle qui se fixe le bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure où c’est un bien appartenant à tous les hommes et à tout l’homme. La personne ne peut pas trouver sa propre réalisation uniquement en elle-même, c’est-à-dire indépendamment de son être « avec » et « pour » les autres. (165)

Au regard de ce qui se passe en France, les citoyens sont en droit de s’interroger sur une partie du personnel politique. En effet, les logiques dites partisanes, derrières lesquelles se cachent que trop souvent des ambitions personnelles démesurées, ne permettent pas les compromis pour faire avancer l’intérêt général, le bien commun de tous. Cela revient souvent à privatiser un mandat obtenu par le suffrage universel.

La communication politique lénifiante, en cours, ne fait qu’accroître le malaise entre les citoyens et une partie de la classe politique. A celle-ci s’ajoute la propagande de certaines chaînes dites d’informations continues qui vient perturber la psyché de nombre de personnes.

Il s’avère nécessaire, chacun à son niveau, de rappeler qu’ils sont d’abord au service de la nation et qu’ils demeurent mandatés pour veiller à ce que chacun de nous individuellement et collectivement puissions vivre et faire vivre au quotidien la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. Cette devise reste l’affaire de chacun et de tous

*Compendium : Un compendium est un abrégé ou un condensé le plus exhaustif possible d’un corpus de connaissances