Homélie du 9 novembre 2025

Aujourd’hui, nous fêtons la dédicace en l’an 320 de la basilique de Latran, Si j’ose dire le temple attitré aux successeurs de St Pierre à Rome.

Le lien entre cette dédicace et les textes d’aujourd’hui ne se veut pas probant, pourtant il porte sur les notions de pierre vivante ou de pierres statiques et aussi d’eau vive, le contraire de l’eau stagnante

Entrons dans la première lecture. (Ez 47, 1-2.8-9.12) Ézéchiel, prêtre de son état, se trouve déporté à Babylone lorsqu’il prophétise. Le Temple de Jérusalem a été détruit par Nabuchodonosor. Le prophète perçoit, en songe, le message de Dieu. Un homme l’accueille.  Il voit une Maison ou Temple d’où coule une source vive en direction de l’Orient. Autrement dit, en direction de la lumière qui se lève.

L’essentiel du message porte sur cette eau qui assainie et fait fructifier tout ce qu’elle irrigue de près ou de loin.  Son lieu de départ, la Maison ou le Temple de Dieu où était déposé historiquement l’arche de l’Alliance. Au-delà de l’annonce d’un retour vers Jérusalem, et de la reconstruction du Temple, cette eau devenue torrent semble annoncer la venue de bien des changements ; celle d’une nouvelle alliance.  Souvenez-vous du dialogue entre Jésus et la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »

Ezechiel, dans son récit, soulève une contradiction majeure pour les croyants que nous essayons d’être, à savoir : le Temple, comme construction humaine, se veut-il une finalité en soi afin de nous sanctifier nous-mêmes ? Ou est-il un sanctuaire vivant pour aimer ce Dieu qui nous appelle à vivre et à diffuser sa Parole ? N’aborde-t-il pas ainsi, à sa manière, le différentiel existant entre la Pierre Vivante et les pierres statiques que peuvent devenir parfois nos églises et nos esprits ?

Souvenez-vous, au prophète Ezechiel qui se met face contre terre lorsqu’il entend le Seigneur lui parler, Dieu lui indique et nous indique le comportement à suivre : « Fils d’homme tient toi debout, mange ce rouleau et va enseigner (…)» . Le Verbe est une pierre vivante. Il se trouve dans l’action d’éveiller et de mettre en route.

Quelques siècles plus tard, (1 Co 3, 9c-11.16-17) St Paul le précise à sa façon dans son épître « La pierre de fondation, personne ne peut en poser d’autre que celle qui s’y trouve : Jésus Christ. ». Ainsi, la Pierre Vivante reste à jamais le Christ. Le Sanctuaire reconstruit en trois jours. Mais, poursuit Paul qui interpelle les récipiendaires, « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous. »

 Autrement dit, Dieu dans son Amour immense pour l’humanité a fait de notre cœur humain, si nous acceptons de l’accueillir, le premier lieu de sa présence. Le premier des tabernacles.   Il nous invite ainsi à nous engager au quotidien, avec nos richesses et faiblesses, sur ses pas auprès de nos sœurs et frères en humanité. Nous sommes collectivement le corps du Christ, l’Église Peuple de Dieu.

Une prière de la messe de Latran nous le signifie :  Seigneur Dieu, +tu bâtis la demeure éternelle de ta gloire avec des pierres vivantes et choisies ; fais abonder dans ton Église cet esprit de grâce que tu lui as donné : /que le peuple de tes fidèles ne cesse de grandir pour que s’édifie la Jérusalem céleste.

Ainsi Jésus, (Jn 2, 13-22) en chassant vigoureusement les marchands du Temple de la maison de Son Père et de notre Père, tient à attirer notre attention sur bien des dangers. S’érige-t-il pour autant en opposant radical au commerce ? la réponse est négative parce qu’il existe, même à son époque, des lieux précis pour cela qu’il ne conteste pas.

Par contre, par son geste, Il tient à nous dire que la Parole de Dieu ne se marchande pas, ne se monnaye pas. Elle ne peut servir d’alibi à la quête effrénée de l’argent, de pouvoirs, de dominations. Il nous appelle à la vigilance, à ne pas tomber dans les travers du culte du veau d’or qui grippent nos cœurs, qui nous éloigne de lui, qui peut assécher humainement et spirituellement l’Eglise comme Corps du Christ.

Vous le constatez, nous avons aujourd’hui, sous nos yeux, de beaux exemples internationaux et nationaux de tentatives d’instrumentalisation de la Bonne Nouvelle dont l’unique finalité « théologique », entre guillemets, est d’essayer, d’asseoir la domination morale de quelques individus afin qu’ils se déifient eux-mêmes. Domination tant aux plans financier, politique, culturel qu’idéologique sur le monde.  Une approche qui tend vers de nouvelles féodalités, ce loin, très loin des enseignements de Jésus. Loin de l’option préférentielle des pauvres comme l’a défini le concile Vatican II à l’aune de la Parole de Dieu.

Dans son exhortation apostolique « Delexi Te », le Pape Léon, attire l’attention sur ces dangers.  Dans les points 14 et 15, il nous invite à dépasser nos stéréotypes.   « Nous ne pouvons pas dire que la majorité des pauvres le sont parce qu’ils n’auraient pas acquis de “mérites”, selon cette fausse vision de la méritocratie où seuls ceux qui ont réussi dans la vie semblent avoir des mérites. »

Et de tirer un signal d’alarme : « Même les chrétiens, en de nombreuses occasions, se laissent contaminer par des attitudes marquées par des idéologies mondaines ou par des orientations politiques et économiques qui conduisent à des généralisations injustes et à des conclusions trompeuses. Le fait que l’exercice de la charité (au sens d’un meilleur partage des richesses) soit méprisé ou ridiculisé, comme s’il s’agissait d’une obsession de quelques-uns et non du cœur brûlant de la mission ecclésiale me fait penser qu’il faut toujours relire l’Évangile pour ne pas risquer de le remplacer par la mentalité mondaine. Il n’est pas possible d’oublier les pauvres si nous ne voulons pas sortir du courant vivant de l’Église qui jaillit de l’Évangile et féconde chaque moment de l’histoire. »

Ainsi, deux mille ans plus tôt, Jésus dit aux marchands « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. ». Aujourd’hui, l’enjeu reste toujours d’une actualité spirituelle brûlante. Ne nous laissons pas assécher par bien des rouages de ce monde, mais devenons ce torrent qui irrigue toutes les berges et donnent de nouveaux fruits de fraternité et de paix. Devenons, dans l’esprit de Latran, ces pierres vivantes auxquelles, par Amour, Dieu fait appel.

Amen.

Homélie, rédigée avec l’aide de l’Esprit Saint,

de J Ph TIZON, diacre permanent

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