Les trois religions abrahamiques (Le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam) possèdent dans leurs gènes théologiques le sens de l’accueil de l‘étranger. Il s’agit de percevoir dans l’accueil de l’autre, d’où qu’il vienne, une présence réelle de Dieu.

Bien entendu, les relations entre l’humanité et le divin ne se veulent pas un long fleuve tranquille. Au contraire, l’incompréhension, l’égocentrisme, la jalousie, l’opportunisme viennent altérer ce dialogue, au point de conduire à l’effroyable fratricide symbolisé par l’assassinat d’Abel par Caïn, d’où l’interrogation « Qu’as-tu fait de ton frère ? » et la réponse « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? »

Pour nous chrétiens, comme pour nombre de personnes croyantes ou non, la question de l’accueil de l’étranger en détresse, du respect de la dignité humaine demeure un élément tangible pour le vivre ensemble, pour notre foi. Elle se veut aussi l’essence même de l’esprit de la République.  L’oublier peut conduire, sous couvert de bonne conscience administrative et professionnelle, à des « fratricides ». « Qu’as-tu fait de ton frère/ de ta sœur en humanité ? ». Les périodes noires de l’Histoire en témoignent et semblent de nouveau en témoigner, l’absence d’une telle interrogation conduit trop souvent à étioler le sens du mot humanité.

En vue des élections présidentielles, des individus tiennent des discours qui attisent des peurs et des haines ancestrales.  D’autres entendent montrer qu’ils réagissent en poussant aux résultats statistiques le nombre d’expulsions, déshumanisant ainsi une réalité humaine complexe, réduisant ainsi des familles au désespoir « Suis-je le gardien de mon frère en humanité ? » Il semble donc que non…

Ainsi aujourd’hui, les membres d’une famille géorgienne intégrée risquent leur vie. Maïa et sa fille Alina étaient maltraitées par leur frère ainé. Un jugement géorgien en témoigne avec une peine d’éloignement de son frère de 1 mois. Erik son autre frère handicapé de naissance l’était aussi. Ils sont venus en France pour échapper à ces violences et résident depuis 8 ans à Guéret. Le 23 juin ils seront à nouveau assignés à résidence et obligés de pointer au commissariat (comme des délinquants). Depuis que Maïa est en France, elle demande à travailler. Le 115 l’en a empêchée. Il a fallu que le Secours Catholique l’accueille pour qu’enfin elle puisse le faire. La préfecture envisage de les expulser durant l’été en Géorgie, pays dont ils ne parlent pas la langue et qu’Alina n’a pas connu.

Pour nous chrétiens, cette famille comme des centaines d’autres à travers l’hexagone demandent simplement à travailler, vivre en paix et libres. Est-ce trop demander de les accepter ?

Dans Mt 25 ; 31 Jésus enseigne « j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli (…). Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? (…) tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? (…) Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” Aux yeux du Christ un être humain reste égal à autre être humain quelles que soient ses origines, sa confession, son statut social.

Face aux guerres, au dérèglement climatique, aux misères, si les pays occidentaux n’apportent pas de réponses viables, respectueuses des peuples les flux migratoires vont s’accroître. Il en va ainsi depuis la nuit de l’humanité. En réalité, que nous le voulions ou non, nous sommes tous les gardiens de nos sœurs et frères en humanité. L’oublier, ne serait-ce qu’un instant, revient à ouvrir en grand une boite de Pandore déjà entre-ouverte.

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